Actualités Conseils pratiques Hôtellerie Tech & IA

ChatGPT, Mistral, Claude, Gemini… Quel LLM choisir pour votre hôtel ?

Sur LinkedIn, les comparatifs entre tous ces LLM s’accumulent : tableaux, verdicts, podiums. Ils entretiennent une forme d’anxiété. Pourtant, à l’échelle d’un hôtel, tous ces modèles se valent peu ou prou. Ce qui fait la différence : savoir pour quel usage vous en avez besoin et comment vous allez réellement l’utiliser.

Le syndrome du mauvais choix

Il suffit de passer cinq minutes sur LinkedIn pour tomber sur un comparatif entre ChatGPT, Claude, Gemini, Grok… avec tableau, verdict et podium. Ces schémas ont cet effet de vous faire croire que vous avez choisi le mauvais outil. Cela crée une forme d’anxiété numérique.

Ces classements ont une durée de vie extrêmement courte. Un jour c’est Claude qui domine, le lendemain GPT reprend la tête. Les modèles progressent en permanence. Suivre cette course est épuisant et, surtout, inutile. Parce que dans ma réalité et la vôtre d’hôteliers, nous utilisons ces LLM pour des usages courants : rédaction, réponses aux avis, posts réseaux sociaux, e-mails. Et dans ce cadre là, ces outils sont tous à peu près équivalents. Ce qui fait la différence, ce n’est pas le modèle. C’est la façon dont vous l’utilisez.

Capture écran issue du webinaire de Thomas Yung.

LLM ou outil intégré : posez-vous la bonne question d’abord

Avant même de comparer les modèles entre eux, posez-vous une question plus fondamentale : pour votre cas d’usage, avez-vous vraiment besoin d’un LLM généraliste ? De plus en plus de logiciels hôteliers intègrent l’IA directement et souvent de façon plus pertinente. D-edge CRM, par exemple (mais il en existe d’autre), propose un bouton pour que l’IA rédige votre newsletter ou votre e-mail de prestay à partir des données déjà présentes dans le logiciel. C’est plus rapide, plus adapté, et vos équipes n’ont pas besoin d’apprendre à prompter.

Pour les réponses aux avis en ligne, un outil dédié sera aussi plus simple à déployer en équipe et plus pérenne qu’un LLM généraliste, avec un coût souvent pas si éloigné de celui d’abonnements ChatGPT pour toute l’équipe. La vraie question n’est pas « quel LLM choisir ? » mais « pour quel usage en ai-je vraiment besoin ? »

« Choisir un LLM, c’est comme choisir un navigateur web »

Lors d’un webinaire dédié aux hôteliers, Thomas Yung, expert en intelligence artificielle appliquée à l’hôtellerie et fondateur d’Artiref et de MyHotelReputation, a posé les choses clairement : Un LLM (Large Language Model), n’est pas un être intelligent : c’est un modèle statistique qui prédit la suite d’un mot. « Choisir un LLM, c’est comme choisir un navigateur web », explique-t-il. « Vous en avez adopté un, vous ne vous posez plus la question. »

Si vous devez arbitrer, voici les critères qui méritent votre attention :

  • Le prix : La plupart des interfaces sont autour de 20 €/mois. Commencez par un abonnement de base, sans engagement annuel.
  • L’écosystème : Vous travaillez avec Microsoft ? Orientez-vous vers Copilot. Vous êtes dans l’univers Google ? Gemini s’intègre naturellement dans vos outils.
  • L’éthique et la stratégie : Mistral, basé en Europe, offre un cadre RGPD plus favorable. C’est un critère légitime selon les sensibilités de chacun.
  • La confidentialité : Ne renseignez jamais de données sensibles dans un LLM. Fournissez des comptes professionnels à vos équipes pour garder la main sur ce qui est partagé.
  • L’interface et l’adoption : Le meilleur LLM, c’est celui que vos équipes utiliseront réellement. L’ergonomie compte autant que la puissance.
  • L’affect et le style : J’y ajoute un sixième critère, moins rationnel mais tout aussi déterminant. Quand on demande autour de soi pourquoi on utilise tel LLM plutôt qu’un autre, la réponse revient souvent : « je préfère le style de Claude » ou « ChatGPT comprend mieux mes instructions ». C’est empirique, sans étude pour l’étayer mais c’est une vraie raison d’adoption. Le meilleur LLM est aussi celui avec lequel vous et votre équipe avez envie de travailler.

Ce qui fait vraiment la différence : votre façon de l’utiliser

Un point reste central : la qualité des résultats dépend à 80 % de la façon dont vous interagissez avec l’outil. Trois leviers sont essentiels : le prompt, la base de connaissance et l’exigence.

Un bon prompt, structuré. Rôle confié au LLM, objectif précis, contexte, ton, format attendu, contraintes. Un prompt bien construit fait toute la différence entre un résultat générique et un contenu réellement utile.

Exemple de prompt :

  • Prompt faible : « Écris une réponse à un avis négatif. »
  • Prompt structuré : « Tu es directeur d’un hôtel 3 étoiles à Lyon. Un client a laissé un avis 2 étoiles sur Booking en se plaignant du bruit. Réponds en 80 mots, en t’excusant sincèrement, en mentionnant les doubles vitrages installés en 2024, et en invitant le client à revenir. Ton : professionnel et chaleureux. »

Note : si vous avez déjà fourni au LLM un bon contexte sur votre hôtel, la précision du rôle devient moins indispensable. Pour débuter, elle aide à cadrer le résultat.

La base de connaissances, c’est le carburant de votre LLM. Il connaît le monde entier, mais pas votre hôtel. Donnez-lui les informations qui vous rendent unique, mais faites-le intelligemment.

Les PDF semblent être le réflexe naturel, mais ce n’est pas le meilleur format. Un PDF scanné est quasi illisible pour un LLM. Et même un PDF natif coûte plus de ressources à traiter qu’un simple fichier texte. Les formats que l’IA digère le mieux, du plus simple au plus gourmand :

  • .txt ou .md (Markdown) > .docx > .rtf > .pdf
  • Tableaux : .csv ou .md > .xlsx > .pdf (jamais un tableau collé en image)
  • Présentations : texte structuré / .md > .pptx > .pdf

La bonne nouvelle : convertir est souvent simple. Word permet de sauvegarder en .txt. Google Docs propose un téléchargement en .md. Quand vous n’avez pas le choix et devez passer par un PDF, voici une méthode efficace : donnez-le au LLM en lui demandant d’en faire une fiche complète en .md, en précisant qu’il ne le verra qu’une seule fois. Relisez, corrigez ce qui est inexact et c’est cette fiche qui devient votre vraie base de connaissance, pas le PDF d’origine.

Pensez-vous comme un documentaliste, pas comme quelqu’un qui vide un carton. On ne jette pas pêle-mêle un PDF scanné, un Word mal formaté et un tableau en image dans une base de connaissance. Un documentaliste lit, synthétise, indexe avant de ranger. Avec l’IA, c’est pareil : distillez à l’entrée, faites des fiches propres, et assurez-vous que l’information sera retrouvable sans avoir à tout refouiller à chaque fois.

L’exigence, c’est une posture à adopter. Les utilisateurs qui acceptent sans questionner un premier résultat médiocre entraînent leur LLM à rester médiocre. Challengez-le, demandez-lui de recommencer, de faire mieux. Il s’adaptera.